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L'Arc d'Orange: les armes gauloises figées dans la pierre

Publié le par J. Demotz

L'Arc d'Orange: les armes gauloises figées dans la pierre

Sur la longue route entre nos terres et Marseille, en descendant le Rhône, se trouve une petite ville, nommée Orange. A notre époque, cette ville n'est rien de plus qu'une cité du Sud de la France, guère plus grande que notre ville de Vevey.

Mais cette ville repose sur des fondations lui conférant une aura allant bien au-delà de sa taille actuelle. Si l'on remonte quelque peu dans le temps, au XIIème siècle apr. J.-C., elle est le siège d'une principauté, battant monnaie et jouant un rôle important dans la politique européenne du temps. Une chanson consacrée au Prince d'Orange s'entend encore de nos jours autour des feux de camps. Mais ce ne sont ni le sujet ni la période qui nous intéressent. Il faut remonter encore plus en arrière dans le temps.

En 35 av. J.-C., la ville, qui sera nommée Arausio, est fondée sur le territoire des Tricastins par des vétérans d'une légion gauloise. L'histoire ne manque pas d'humour, car c'est dans les environs que s'est déroulée l'une des batailles les plus meurtrières pour les légions, la fameuse bataille d'Orange opposant les Cimbres, les Teutons et les Tigurins à la République, avec 80'000 pertes romaines. Mais cette bataille, s'il s'agit effectivement d'un sujet passionnant, n'est pas non plus le point central de cet article.

Il s'agit de l'un des deux grands monuments antiques de la ville: l'arc de triomphe d'Orange, l'autre étant le théâtre. Celui-ci a été édifié entre 20 et 25 apr. J.-C. et est l'un des arcs les mieux conservés de France, bien qu'il ait subi des restaurations au cours du XIXème.

Cet arc mesure environ 20 m de long, pour 8 de large et 20 de haut. Il comporte trois baies et a été monté à sec, les blocs étant reliés par des crampons en fer et en plomb. Selon les dédicaces retrouvées sur celui-ci, il a été élevé sous l'empereur Tibère en l'honneur de Germanicus, fils adoptif de celui-ci et décédé peu de temps auparavant.

Ce qui nous intéresse principalement dans cet arc sont les nombreux reliefs gravés sur les différents panneaux des quatre faces. En effet, il a été édifié en commémoration des victoires sur les peuples du Nord, donc sur des gaulois, et va donc être une source iconographique de premier plan pour des chercheurs s'intéressant à l'armement celtique: un excellent complément aux sources archéologiques.

La grande frise de la face Sud est très intéressante: on peut y observer une mêlée opposant des cavaliers romains à des guerriers gaulois. Il est possible d'observer que ceux-ci sont conforme à l'image que les auteurs antiques véhiculent: grands, barbus, allant au combat vêtus uniquement de capes et de leurs armes et désordonnés. Les romains sont eux mieux armés: vêtus de cottes de mailles, et tous portant un casque. On peut observer la très grande ressemblance des casques des deux types de guerriers.

La représentation des boucliers est intéressante, car les gaulois sont équipés avec deux types différents: des boucliers à spina, plus anciens et présents dès les premiers âges de La Tène, mais aussi avec des boucliers à umbos ronds, d'inspiration germanique qui ne se généralisent que durant la fin de La Tène, avec la guerre des Gaules. On voit donc que c'est bien une évolution progressive et que même à cette époque tardive les boucliers à spina ne sont pas abandonnés.

Sur le petit côté Ouest de la face Sud un entassement des armes des vaincus, principalement des boucliers, attire l'attention. On y distingue trois carnyx, ainsi que des fagots de lances et d'épée et des enseignes. Ce relief est très précieux, car il donne une image des décorations des boucliers. En effet, la peinture ne se conservant pas, il est impossible d'en retrouver via l'archéologie. S'il est possible de s'inspirer d'images issues des monnaies ou de la céramique, ce relief donne une image bien plus pertinente de la décoration des boucliers.

Sur la face Nord, il est possible de distinguer des noms inscrits sur des boucliers. Véritable coutume gauloise? Noms de sculpteurs? Nom du légionnaire ayant vaincu un puissant guerrier? Très difficile de trancher. Néanmoins, ces boucliers sont une source d'inspiration pour nous autres reconstituteurs quand vient le temps de peindre nos boucliers.

Bien qu'une fois de plus il faille passer à travers le filtre romain pour accéder aux informations sur les guerriers gaulois, ce type de source est tout à fait précieux, car il s'agit d'un témoignage très proche tant géographiquement que temporellement. Un monument à ne pas rater en cas de balade dans la région donc!

Photos:

J. Demotz et Wikipédia

L'Arc d'Orange: les armes gauloises figées dans la pierre
L'Arc d'Orange: les armes gauloises figées dans la pierre
L'Arc d'Orange: les armes gauloises figées dans la pierre
L'Arc d'Orange: les armes gauloises figées dans la pierre
L'Arc d'Orange: les armes gauloises figées dans la pierre
L'Arc d'Orange: les armes gauloises figées dans la pierre

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La Saga des Helvètes, partie 5

Publié le par J. Demotz

La Saga des Helvètes, partie 5

Aventicum, 43 apr. J.-C., seconde année de règne de l’empereur Claude.

"-Cette potée est vraiment un délice pour mes vieilles papilles! Tu as donc bien mérité la suite de l'histoire. J'en étais où déjà?

-Les grands sacrifices avant le départ de Divico! Tu m'as fait attendre, allez conte moi la suite!

-Très bien, très bien.

Mais avant, il faut que tu saches un peu plus sur ces Tigurins. Comme tu le sais, même si nous sommes maintenant tous sous la domination de Rome, ces territoires, sur le Plateau, étaient déjà organisé autour d’un peuple. Ces gens étaient renommés pour plusieurs choses. La première était leur puissance dans la guerre: ils menaçaient leurs voisins et étaient endurcis par le contact avec les Germains vivant au Nord. A force de les combattre, ils avaient aussi beaucoup de richesses! Tu l’avais bien compris, je parle de nos pères, les Helvètes.

-Je ne suis pas bête grand-père...

-Parfait! Tu savais donc déjà que ceux-ci, même si ils étaient unis en une seule grande tribu, étaient répartis en quatre cantons, chacun étant indépendant des autres, même s’ils étaient appelés Helvètes par les autres. Malheureusement, je ne me souviens que de celui qui a le plus marqué notre histoire: les Tigurins. On ne sait pas exactement dans quelle partie de la plaine ils vivaient, mais bon, sans doute pas très loin d'ici si le mont sacré n'était pas très loin. *

Divico, dont je parlais à l'instant, était le jeune chef du canton des Tigurins. Il a donc suivi les Cimbres et les Teutons vers le sud de la Gaule, et a commencé à faire du butin (env. 110 av. J.-C.). Après 4 ans, il s'est retrouvé dans la région de Tolosa, sur le territoire des Volques Tectosages (région de Toulouse). Ici, il a aidé le peuple qui avait décidé de se rebeller contre Rome. En apprenant ces nouvelles, ainsi que la menace des peuples germaniques, Rome a envoyé une armée pour battre les Tigurins. Mais Divico était un malin, il n'a pas combattu les Romains tout de suite. Car tu sais, les Tigurins n'étaient pas très nombreux, comparés aux autres peuples, je pense qu'il devait y avoir environ 45'000 personnes, pour environ 15'000 guerriers. Et Rome a envoyé une armée consulaire entière, ce qui donne deux légions, donc 9'000 soldats! Et, de plus, ces légionnaires sont de sacrés combattants!

Divico a donc choisi la retraite vers le Nord, mais c'était une ruse. Dans la région d'Aginium (Agen), il a tendu une grande embuscade au consul et a attaqué! Une grande victoire de nos pères! Ils ont tués le consul lui-même, L. Cassius, ainsi que l'un des deux légats de la légion, Lucius Pison. C'était le père du beau-père de César! Celui-ci en a gardé une grande rancune qui a suivi longtemps. Et après cette victoire, Divico a pris la moitié de tout l'or de l'armée romaine et a fait passer sous le joug tous les survivants! Une grande victoire pour notre peuple! (107 av. J.-C.)

Et encore mieux, peu de temps après, ils ont rejoint les Cimbres et les Teutons et ont affronté une énorme armée romaine! 80'000 légionnaires et 40'000 auxiliaires, contre environ 200'000 guerriers. Quand je te disais que les Tigurins n'étaient pas très nombreux. Et la victoire a été totale! Les légions ont été balayées, sans doute une des plus grandes défaites romaines! (105 av. J.-C.)

Malheureusement, après cette grande victoire, les choses se sont compliquées. Les Teutons et les Cimbres sont partis en Ibérie faire du butin, et Rome a pu rappeler un général d'Afrique, Marius, sans doute le meilleur général de cette période. Ce général était un ancêtre de celui qui nous a vaincu, César. Son nom était Marius. Celui-ci a pu reconstituer une armée et a pu d'abord combattre les Teutons à Aquae Sextiae (Aix-en Provence), qu'il a anéantis. (102 av. J.-C.) Puis, environ un an après, il a enfin combattu les Cimbres. La bataille a été féroce, mais Marius a réussi à vaincre les guerriers et à la fin ce sont les femmes des Cimbres qui ont combattu les légionnaires alors que les guerriers fuyaient, préférant la mort que l'esclavage! Ne rigole pas, des vraies louves. J'ai eu d'ailleurs une aventure avec une Germaine une fois, mais je te raconterai ça quand tu seras plus âgé.

Et les Tigurins dans tout ça? Je t'ai dit que Divico était un malin, il a pu sauver son peuple en repassant les Alpes et s'est réinstallé dans la région. Ce n'est pas très glorieux, mais malin! Les Tigurins avaient donc fait beaucoup de butin et de gloire et ils impressionnaient tous les peuples voisins.

Et la suite? Je vais te la raconter tout de suite, mais ce sont des épopées tragiques. Tu es prêt?

-Oh oui!

Alors..."

*Voire la saga des Helvètes 4.

Note: Pour plus de précisions sur les peuples germaniques, voir l'article Celtes et Germains, les mêmes barbares?

KAENEL G., L'an -58, les Hélvètes, Archéologie d'un peuple celte. Grandes dates, Lausanne, 2012

GUYONVARC'H C.-J., LE ROUX F., La civilisation celtique, Payot, 2001

JULES CESAR, La guerre des Gaules, Flammarion, Paris, 1964

CARRON N., BOURQUI Y., DEMOTZ J., Batailles des guerres cimbriques: répertoire de sources. Séminaire de recherche dirigé par LUGINBÜHL T. Université de Lausanne, 2014

Images:

Carte de la migration des Cimbres et Teutons. Wikipédia.

Hypothèse de restitution du déroulement de la bataille d'Agen. J. Demotz

Buste du général Marius. Wikipédia

Tableau représentant le passage des Romains sous le joug après la bataille d'Agen.

La Saga des Helvètes, partie 5
La Saga des Helvètes, partie 5
La Saga des Helvètes, partie 5
La Saga des Helvètes, partie 5
La Saga des Helvètes, partie 5

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Imbolc, la fête du premier Février

Publié le par J. Demotz

Imbolc, la fête du premier Février

Il se dit parfois que le premier jour de février se célébrait dans le monde celte la grande cérémonie d'Imbolc. Mais avant de lever nos verres pour honorer cette tradition, il serait bon de se pencher sur ce qu'elle représentait réellement et sur ce que l'on connait historiquement à son sujet.

Imbolc fait partie des quatre grandes fêtes connues dans le calendrier celtique, avec Samain (1er novembre), Belteine (1er mai) et Lugnasad (août, date précise incertaine). Une date importante donc, mais à propos de laquelle nos informations restent malheureusement maigres.

Comme pour beaucoup de traditions de ce type, le premier réflexe est de se tourner vers l'Irlande, seule région d'Europe celte à n'avoir jamais subi d'occupation romaine et dans laquelle la survivance des coutumes et du folklore celte est donc bien plus forte. Cela permet parfois d’obtenir quelques pistes sur la situation antique, avec toutes les précautions nécessaires quant à comparer deux états géographiques et temporels différents d’une même culture.

En Irlande médiévale, à la date du 1er février se fêtait la Sainte Brigitte, sainte qui protégeait la maisonnée contre les tempêtes et les malheurs durant l'année, avec un rituel bien précis: des fagots sont réunis et l'on fait un mannequin qu’on habille et que le maître de maison fait se déplacer en demandant la purification du foyer. Avec cette paille, on tressera ensuite des croix et le mannequin sera remisé dans une grange, son manteau servant de protection pour l'homme -souvent pêcheur et donc le plus exposé- contre les tempêtes. C'est aussi l'occasion de nettoyer à fond la maisonnée, de donner de la paille fraiche aux animaux et de baratter du beurre, la fête n'étant pas considérée réussie si le beurre n'est pas présent.

Ces survivances indiquent plusieurs choses. Tout d'abord: la fête est dédiée à Sainte Brigitte dont le culte est aussi important que celui de Saint Patrick en Irlande, est une sainte de première importance et il est très probable, mais non prouvé, qu'elle soit la survivance chrétienne de Brigit, déesse mère de l'Irlande préchrétienne. Cela pourrait donc être une cérémonie à son honneur pour demander sa protection durant l'année. Ensuite, avec le nettoyage de la maison et les aliments mis en bon ordre, il serait possible d'avancer que cette cérémonie sert de purification pour le reste de l'année.

Toujours dans les textes irlandais, Imbolc est citée durant la grande histoire de Cuchulainn, héros des héros de l'Irlande celtique. Malheureusement les textes sont laconiques: il nous est dit que le champion aurait combattu sans repos du lundi de Samain au mercredi après Imbolc. Il dormira durant trois jours, durant lesquels Lug vient le guérir de ses blessures. Ce passage, certes très intéressant, n'offre guère d'informations mis à part qu'Imbolc est un repère temporel bien établi. Car si c'était Brigit, ou une déesse mère qui était venu le soigner, nous aurions pu élaborer des liens et des hypothèses, mais rien de tel ici.

Dans les autres sources, il serait possible de citer le calendrier gaulois de Coligny, qui sera utilisé jusqu'au IIème apr. J.-C., et dont des traces se retrouvent sur un grand pilier offert par une puissante congrégation de navigateurs à Paris: le Pilier des Nautes. L'étude de ce pilier tend à renforcer l'idée de la présence de cette fête sur le continent, mais n'offre aucune information sur les détails du culte.

En conclusion, Imbolc serait une fête de purification et de lustration, placée sous la protection d'une déesse-mère, bien que ce point est impossible à affirmer avec certitude. Les sources sont trop faibles pour pouvoir affirmer grand chose de plus sur les rituels accomplis, malgré la certitude de l’existence de cette fête.

Bibliographie:

JACOMIN B., Le pilier des Nautes de Lutèce, Astronomie, mythologie et fêtes celtiques. Paris, 2006

LE ROUX F., GUYONVARC'H C.-J., Les fêtes celtiques, Rennes, 1995

LE ROUX F., GUYONVARC'H C.-J., La civilisation celtique, Rennes, 2000

GUYONVARC'H C.-J., Magie, médecine et divination chez les Celtes, Paris, 1997

Images:

Restitution du calendrier gaulois de Coligny

Vue d'artiste du héros Cuchlainn

Maquette du pilier des Nautes de Lutèce

Gravure du XIXème des Saints d'Irlande, Sainte Brigite à droite.

Imbolc, la fête du premier Février
Imbolc, la fête du premier Février
Imbolc, la fête du premier Février
Imbolc, la fête du premier Février

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La Saga des Helvètes, partie 4

Publié le par Demotz J.

La Saga des Helvètes, partie 4

Aventicum, 43 apr. J.-C., seconde année de règne de l’empereur Claude.

"-Alors, c'est quoi la suite?

-Aaaah, ce sont mes moments préférés, l'époque de la grande victoire, l'époque des héros!

Mais commençons par le commencement. Cette époque commence il y a environ 250 ans (env. 200 av. J.-C.) , et la société continue d'évoluer dans notre région. Tu te souviens, je te parlais des villages dans la campagne, du fait qu'il n'y avait pas de villes dans nos régions... Et bien, cela a changé. A cette époque de grands centres fortifiés ont commencé à se construire: les oppida* . Les plus proches de nous étaient situés sur le Mont Vully (nda: nom antique inconnu), près du lac, et un autre, parmi les plus grands était situé à Brenodurum (Berne), dans les boucles du fleuve (L'Aar). Tu vois, loin de l'image de barbares vivant dans la forêt: de grandes villes avec un conseil de nobles, comme les sénats actuels!

Je dois te dire une chose sur ces nobles, car ils sont bien différent de maintenant. Ceux-ci avaient le pouvoir non seulement sur la vie quotidienne, avec le contrôle des champs, de mines et de troupeaux, mais aussi sur la vie spirituelle, avec la religion. Mais je ne vais pas trop m'étendre sur le sujet, peut-être un autre jour. Ces nobles avaient avec eux un grand nombre d'ambactes. Ces gens étaient des guerriers, mais qui n'étaient pas assez riches pour être indépendant, ou qui ne le voulaient pas. Ils mettaient donc leur épée au service d'un noble plus riche qu'eux.

En plus de ces nobles, il y avait des personnages très importants: les druides! Tu as déjà dû entendre parler d'eux, mais on ne sait plus grand chose à leur sujet... Ce qui est certain, c'est qu'ils étaient centraux dans la société. Comme nous n'avions pas d'écriture, ils étaient la mémoire du peuple: ils connaissaient les légendes, mais aussi les lois. Ils s'occupaient des dieux, mais aussi des hommes, en servant de juges. C'est pourquoi César les a fortement combattu, mais j'y reviendrai plus tard.

Je te parlais des guerriers, je vais te dire un mot sur leurs armes! L'arme la plus commune était la lance, ou la javeline. Ces armes sont très efficace: avec une lance, tu peux non seulement piquer avec la pointe, mais aussi, comme ça, tchak!, trancher le bras d'un adversaire!

-Grand-père! Tu me fais peur!

-Désolé mon garçon.

Ces lances étaient utilisées comme armes au corps à corps, on ne les lançait pas, malgré leur nom. Pour ceci, il y avait les javelines, qui y ressemblaient beaucoup, mais plus courtes, entre 100 et 150 cm. Ou, pour continuer avec le combat à distance, la fronde! Utile pour chasser les oiseaux, le lièvre, mais aussi pour la guerre: une bonne pierre de 500 grammes peut faire du dégât!

Mais les armes les plus prestigieuses étaient les épées: plus longues que les glaives romains, mais encore pointues: une arme avec laquelle il était possible de donner des coups de taille, mais aussi d'estoc.** C'étaient des chefs-d'œuvre de forgerons, avec des fourreaux qui donnaient beaucoup de prestige à leur porteur. Avec ces armes, on trouve les boucliers, mais aussi les casques et les cottes de mailles. Tu sais d'ailleurs que c'est nous, Celtes, qui les avons inventées, et que les Romains ont trouvé tellement bien qu'ils nous ont copié?

A cette époque, il y a environ 150 ans, des rumeurs ont commencé à se propager dans le Nord, sur un grand peuple qui aurait quitté sa terre natale pour descendre vers le Sud: les Cimbres, venu de la péninsule cimbrique! (Danemark). A ceux-ci se sont joints deux peuples du Nord de la Germanie, les Teutons et les Ambrons. Ces peuples ont commencé à descendre le Danube et sont arrivés dans la région de Norique (Autriche), et ont commencé à se battre avec les Taurisques, les habitants de la région. Tu sais, à cette époque, Rome était une puissance importante, et alliée avec ce peuple. Elle a donc envoyé une troupe pour arrêter ces envahisseurs... et à Noreia, elle a été vaincue! C'était un grand choc, car Rome n'avait plus connu de défaite depuis presque un siècle!

Heureusement pour eux, les Cimbres et leurs alliés ne se sont pas dirigés en Italie. Ils sont passés dans le Sud de la Germanie et là, un peuple c'est joint à eux...

-Qui ça? D'autres Germains?

-Presque! Une fraction d'un peuple qui vivait dans la région: Les Tigurins, l'une des quatre grandes tribus helvètes! De fiers guerriers, très puissants. mené par un chef jeune mais très renommé: Divico!

Mais avant de partir, ils ont demandé aux dieux une protection sur leur chemin, et ils ont réalisés de très grands sacrifices sur un mont sacré. Ce mont, (Le Mormont), n'était pas situé très loin d'ici (La Sarraz, canton de Vaud). Là, ils ont sacrifiés un très grand nombre d'animaux, des bœufs, des cochons et même de grands chevaux, importés du Sud, d'une très grande valeur. Avec ces animaux, un très grand nombre d'objets très précieux et utiles... mais presque pas d'armes. Etonnant, non? Enfin, c'est ce dont on se souvient... peut-être que la légende est fausse, qui sait?

Une fois ces grands sacrifices fait, ils se sont mis en route... Pour m'apporter le dîner! Allez, allez!

-Grand-père! Tu n'as pas le droit!

-J'ai tous les droits mon petit! Si tu veux la suite, je veux mon repas!

-Bon, bon..."

* Pour plus d'informations sur ce point, voir l'article sur le sujet: http://viviskes.overblog.com/2014/06/les-oppida-de-romandie.html

**En effet, au contraire des épées de La Tène finale, les épées de La Tène moyenne possèdent encore des pointes, qui disparaissent peu avant le début de la guerre des Gaules.

Bibliographie:

KAENEL G., L'an -58, les Hélvètes, Archéologie d'un peuple celte. Grandes dates, Lausanne, 2012

CARRON N., BOURQUI Y., DEMOTZ J., Batailles des guerres cimbriques: répertoire de sources. Séminaire de recherche dirigé par LUGINBÜHL T. Université de Lausanne, 2014

http://latenium.ch/

http://www.musees.vd.ch/musee-darcheologie-et-dhistoire/fouilles-du-mormont/

Images:

Crâne de cheval du Mormont.

Sceau et céramique du Mormont.

Épée, fourreau et lance de La Tène (Laténium)

Plan de l'oppidum de Brenodurum (Berne)

Portrait d'un noble avec lance et bouclier de La Tène Moyenne.

Restitution du rempart du Mont Vully

La Saga des Helvètes, partie 4
La Saga des Helvètes, partie 4
La Saga des Helvètes, partie 4
La Saga des Helvètes, partie 4
La Saga des Helvètes, partie 4
La Saga des Helvètes, partie 4

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La Saga des Helvètes, partie 3

Publié le par J. Demotz

La Saga des Helvètes, partie 3

Aventicum, 43 apr. J.-C., seconde année de règne de l'empereur Claude.

"-Mmmh, cette semoule aux amandes, rien de tel pour remplir un estomac vide! N'est-ce pas mon garçon? Bon, tu me demandais pour nos pères, n'est-ce pas?

-Oui, enfin!

-Alors, tu ne vas pas être déçu.

Tu te souviens des princes vivant sur nos terres dont je te parlais tout à l'heure? (voir : Saga des Helvètes partie 2). Il y a donc 500 ans environ, leur société s'est effondrée. Ne me regarde pas avec ces yeux rondes, je ne sais pas plus que toi pourquoi s'est arrivé. Mais il ne faut pas croire que tout a été détruit, pas du tout, c'est une réelle évolution qui a eu lieu.

Par quoi commencer ? Je sais! Quand j'étais en voyage en Etrurie (Toscane), il y a de cela quelques années, j'ai dit que j'étais helvète, et un paysan de la région m'a raconté une histoire qui se conte dans sa famille, en me disant qu’eux aussi avaient des racines helvètes! Tu me connais, j'ai demandé pourquoi il affirmait une chose pareille. Car s’il est vrai que les peuples de la plaine du Pô sont nos cousins celtes, que ferait un Helvète ici? Il m'a donc raconté qu'il y a 500 ans, à la période dont nous parlons, un Celte est venu ici. Cet homme, pour se faire reconnaitre, a pris une coupe et a gravé non pas son nom dessus, mais d'où il venait: eluveitie. Il a utilisé des lettres étrusques pour ça, et cette coupe gravée serait la première preuve écrite de notre peuple! Mais j'avoue que je ne crois pas trop à ces histoires...

A cette période donc, beaucoup de choses ont changé. Nous avons commencé à utiliser dans notre céramique et nos peintures de plus en plus de motifs avec des fleurs et des animaux fantastiques, mi-homme mi-bête. Et nous avons même fabriqué des bracelets en or avec ces types de peintures inspirées des grecs! Car même si les grands princes marchands ont disparus, les contacts sont restés et nos ancêtres aimaient toujours autant le vin.

La société a changé elle aussi. Comme tu peux bien l'imaginer, il est difficile pour nous de savoir à quoi elle ressemblait exactement, mais je sais que nos ancêtres vivaient en grande majorité dans des fermes réparties à travers le territoire. Il n'y avait pas de grandes villes comme ici, mais plutôt de nombreux hameaux et, en de rares occasions, des grandes agglomérations de maisons. On ignore où celles-ci pouvaient se trouver dans nos régions.

Ce qui est certain, par contre, ce sont les tombes. Tu te souviens de cette tombe de la princesse de Vix? Cette mode a changé, on ne retrouve plus de tombes si exceptionnelles, mais de nombreuses tombes plus petites. On a appelé ces tombes "plates", pour les différencier des grands tumuli d'avant.

Sur cette période, j'ai encore deux sujets dont j'ai envie de te parler. Tu as le choix entre un roi-guerrier et un pont. Par quoi veut tu que je commence mon garçon?

-Par le roi guerrier, c'est évident!

-Je n'en attendais pas moins de toi.

Bien, malgré tout, tu dois savoir que ce roi n'est pas helvète, mais d'une autre tribu gauloise. Mais je me devais de te raconter son histoire dans les grandes lignes. Ce roi, que l'on nomme Brennos, a été un grand héros de ce temps. Il a réussi à unifier quelques tribus gauloises, un grand exploit car à cette époque, les tribus aimaient à combattre les unes contre les autres et les rivalités étaient fortes, et il a marché sur Rome. Oui, la fameuse, la grande! Mais en ce temps-là, il y a 400 ans (vers -390 av. J.C.), ce n'était encore qu'une grande ville qui contrôlait difficilement une petite partie de l'Italie. Il a donc marché sur la cité et a vaincu les armées romaines près d'un fleuve, l'Allia. Là, il a exterminé tous les Romains, mis le siège devant la ville et poussé les survivants à la reddition. Il a mis en place une grande balance pour recevoir un tribut en or, et quand le chef du sénat s'est plaint de ce que la balance était truquée, il a prononcé une phrase restée célèbre: "Vae victis!" ("Malheur aux vaincus!"). Il a tellement terrifié les Fils de la Louve que nous sommes devenu leur pire cauchemar pour des siècles!

Bon, le pont maintenant. Ce pont était situé non loin d'ici, au bord du lac (La Tène, lac de Neuchâtel). Cet endroit, qui a été bâti il y a 200 ans, était un lieu très important pour nous. Si j'avoue ne pas savoir très bien quelle était son utilité, mis à part que sa forme est celle d'un pont, il n'y a aucun doute sur son importance. J'ai été il y a deux étés faire un voyage dans cette région, car la rivière est riche en poissons, et j'ai vu encore des restes de ce pont. Si quelqu'un se jetait à l'eau et grattait la vase, il pourrait trouver des vrais trésors. J'ai aperçu un fourreau d'épée briller au fond de l'eau, ainsi que des pointes de lances! Cet endroit a été le témoin de très nombreux sacrifices, mais il est abandonné depuis. Mais je te prédis que cet endroit, un jour, sera très connu dans le monde. Peut-être même qu'il donnera son nom à notre époque, qui sait? (nda: second âge du fer, ou période de La Tène).

-Tu radotes grand-père...

-Je sais... mais cette époque est glorieuse et parfois je me dis que je suis né trop tard. C'était une belle époque. Mais tu vas adorer la suite!

Bibliographie:

KAENEL G., L'an -58, les Hélvètes, Archéologie d'un peuple celte. Grandes dates, Lausanne, 2012

MEGAW J. V. S., Deux bracelets de La Tène ancienne de Suisse occidentale, In: Annuaire de la Société Suisse de Préhistoire et d'Archéologie 58, Zurich, 1974

http://latenium.ch/

Images:

Coupe de Mantoue et son inscription (eluveitie).

Vue d'artiste de la bataille de l'Allia.

Exemples de bracelets en or provenant de Berne, CH

Restitution du pont de La Tène.

La Saga des Helvètes, partie 3
La Saga des Helvètes, partie 3
La Saga des Helvètes, partie 3
La Saga des Helvètes, partie 3
La Saga des Helvètes, partie 3

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Celtes et Germains...les mêmes barbares?

Publié le par J. Demotz

Celtes et Germains...les mêmes barbares?

Quand les Grecs et les Romains parlent des peuplades les entourant, ils emploient à de nombreuses reprises le nom de "barbares". Ce nom a été repris dans notre imaginaire moderne et désigne un homme (ou une femme) sauvage vêtu de quelques peaux de bêtes et/ou de cuir moulant. Comme on peut l'imaginer, c'est loin du sens premier de ce nom qui désigne tout simplement des étrangers: pour un Grec, un Perse (sur l'actuel territoire de l'Iran), un Scythe (peuple du Nord de la Caspienne), un Thrace (un des peuples des Balkans au nord de la Grèce), un Germain ou un Gaulois seront tous des barbares sans grande distinction.

Bien que les Grecs aient été conscients des différences entre les peuples étrangers, ils ne se sont guère intéressés à les approfondir et il faut attendre l’expansion romaine pour que des auteurs anciens s'intéressent aux peuples au Nord des Alpes: les Celtes et les Germains. Ces deux peuples ont eu des destins qui se sont souvent croisés, voire mêlés, et dont les différences ne sont parfois pas très claires. Avec l'aide de deux auteurs romains, Jules César (-100, -44) et sa Guerre des Gaules ainsi que Tacite (58-120) et La Germanie, nous allons expliquer les différences entre les deux peuples avec un focus final sur les guerriers et la manière de combattre des deux peuples.

Tout d'abord, une petite précision sur ces auteurs est nécessaire. Il ne faut jamais perdre à l'esprit que ce sont des Romains parlant de peuples étrangers et donc avec des biais et des déformations possibles: César écrit avant tout un ouvrage de propagande politique pour justifier les coûts des guerre qu'il a mené durant sept ans en Gaule, et Tacite écrit sur un peuple très peu connu et ayant combattu Rome à de nombreuses reprises, tout en colorant son ouvrage d'une teinte très morale. Pour lui, il s'agit de montrer certaines vertus propres aux Germains pour dénoncer les vices de la société romaine. Il convient aussi de préciser qu'entre César et Tacite 200 ans ont passés et que les choses ont pu changer des deux côtés du Rhin: la situation que décrit Tacite n'est pas celle que César a pu vivre.

Première chose à définir, le contexte géographique. Germains et Gaulois ne vivent pas dans mêmes territoires. La Germanie, suivant Tacite est définie à l'Ouest par le Rhin depuis la Mer du Nord jusqu'à la Forêt Noire. La frontière Sud commence au Mont Abnoba, mont de ladite forêt et suit le Danube jusqu'aux Carpates. Celles-ci forment, avec la Vistule (fleuve) la frontière Est. Il faut noter que le Danemark et la Suède sont compris dans la Germanie, la Suède étant perçue comme une grande île et la Norvège est inconnue, mais sans doute aussi peuplée de peules pas très éloignés des Germains septentrionaux (du Nord).

Ensuite, il faut savoir que les Germains sont loin de former une seule nation unie, ce en quoi ils sont très semblables aux Celtes: les guerres entre peuples sont foison. Tacite dit d'ailleurs un propos très intéressant à ce sujet. Il affirme que pour les tribus un grand honneur est d'avoir le plus de terre vide autour de son territoire: preuve de sa puissance capacité à repousser ailleurs les peuples voisins.

Comme les Celtes, les Germains sont aussi adeptes des grandes migrations, la plus célèbre et dévastatrice ayant été celles des Cimbres (actuel Danemark) et Teutons (Nord de l'Allemagne), qui sera traitée dans un article prochain. On retrouve donc certains peuples germains vivant hors de Germanie. Ce mélange est particulièrement fort sur l'actuelle Belgique avec les Nerviens ou les Trévires, en Germanie, qui se targuent d'avoir des origines germaniques.

De même, certains peuples celtes sont originaires de la Germanie, dont un nous touche particulièrement. En effet, selon Tacite toujours, les Helvètes sont issus de Bavière et se sont déplacés à la suite de migrations et de conflits avec leurs voisins. On peut donc observer que les frontières sont parfois difficile à établir avec précision et que les classifications sont ardues.

Parlons maintenant des guerriers germains de César, puis de la description de Tacite.

César, dans ses combats contre les différentes tribus gauloises, parle à plusieurs reprises de cavaliers germains s'opposant aux cavaliers gaulois. En effet, les Gaulois possédaient une très forte cavalerie, et de bons chevaux. Les Germains aussi étaient friands de chevaux, mais les leurs étaient de qualité médiocre, c'est pourquoi César leur en fourni. Cette cavalerie lui a permis de gagner de nombreuses batailles en ajoutant à la force brute des légions une flexibilité et une vitesse importante.

Lire Tacite contredit quelque peu César, car il décrit les guerriers germains comme étant avant tout des fantassins mais il ne faut oublier que les temps ont changés. Cependant, ils possèdent une infanterie légère remarquable, et les deux groupes combattent souvent mélangés. Il offre aussi une description de l'armement remarquablement précise. Tacite écrit que les Germains sont rares à utiliser la grande lance et le glaive, armes gauloises par excellence, se contenant de framées, courtes piques avec un fer réduit et de boucliers, qu'ils rehaussent de couleurs. Il précise aussi que les armures sont rares, tout au plus quelques casques de cuir ou de fer.

Un dernier point mérite d'être relevé: l'usage de nombreux traits est souligné: faire pleuvoir les javelots semble avoir été une tactique couramment employée, ainsi que la guérilla, peu utilisée par les Gaulois.

Nous avons donc deux peuples certes voisins et dont les ressemblances sont proches, mais aussi très différents sur certains points, mais il serait trop long de tous les énumérer. Toutefois, il ne faut pas oublier un dernier point: aussi loin que l'Histoire nous est connue, des peuples germains et celtes se sont fait la guerre. Une preuve de plus que tous ces barbares avaient chacun une culture propre et ne se sentaient en aucun cas unis face aux "civilisés" comme peuvent parfois le laisser penser les représentations hollywoodienne de l'Antiquité.

Sources:

TACITE, La Germanie, Arléa, Paris, 2011

JULES CESAR, La guerre des Gaules, Flammarion, Paris, 1964

Images :

Restitution de la bataille de Teutobourg. Arte.tv

Restitution de guerriers germains par G.A. Embleto.

Reste d'une framée. Delacampe.net

Celtes et Germains...les mêmes barbares?
Celtes et Germains...les mêmes barbares?
Celtes et Germains...les mêmes barbares?

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La Saga des Helvètes, partie 2

Publié le par J. Demotz

Saga des Helvètes, partie 2

Aventicum, 43 apr. J.-C., seconde année de règne de l’empereur Claude.

"-Aaaah, ça fait du bien par ou ça passe. Comme quoi ces Romains n'ont pas amené que du mauvais. Merci mon garçon. Bon, où en étions-nous?

-L'arrivée des nouveaux hommes, avec des nouvelles armes.

-Oui! Alors... comment dire ça de manière simple?

Après l'arrivée de ces hommes, il y a, encore une fois, des grands changements. Tu te souviens ce que je t'ai raconté sur les armes et armures en bronze? Hé bien, tout ceci a disparu. Pas tout d'un coup, évidement, mais ça a été remplacé. Car à cette époque, est apparu, venant de l'est, un nouveau métal: le fer!

Oui, pour nous, c'est normal d'avoir un couteau, ou des clous en fer, mais à l'époque c'était ce qui se faisait de plus moderne. C'était une belle époque et je vais t'en raconter quelques anecdotes dont la mémoire m'a été transmise.

La première chose dont je dois te parler concerne un lieu situé assez loin de chez nous, mais aussi dans les Alpes, vers l'Est, dans la province de Rhétie (Autriche). Comme chez nous, les Rhètes avaient des montagnes et en exploitaient une des plus grandes richesses qui les a rendus très célèbres: l'or blanc, le sel. Oui, car, comme tu le sais, sans sel, impossible de conserver les aliments. Imagines toi que c'était tellement précieux, qu'il était utilisé comme monnaie. Les pièces de bronze ou d'argent, sont arrivées plus tard. Mais je m'égare. Ce lieu, situé près d'un lac, était connu pour sa mine (Halstatt). On exportait son sel jusque vers la mer, au Nord, chez les Germains.

Cette époque, c'était aussi l'époque des princes. Des riches aristocrates qui vivaient dans des résidences très impressionnantes. Tu te souviens l'autre jour, nous sommes allés nous promener le long de la Sarine, et là, je t'ai montré une grande levée de terre qui protégeait un éperon rocheux. Et bien là vivait un de ces princes. (Châtillon-sur-Glâne). Quand j'étais un peu plus jeune, j'ai été m'amuser à aller chercher des restes d'amphores qu'ils faisaient venir de Massilia (Marseille) ou de Grèce, avec des coupes très jolies ! Mais malheureusement, elles étaient toutes cassées.

Puisque je te parle de ces princes, je ne peux m'empêcher de te parler de ce que m'a conté un étranger venant de Lugdunum. (Lyon) Celui-ci m'a raconté comment deux pilleurs ont été exécutés pour avoir tenter de voler le matériel de la tombe de la princesse de Vix. Celle-ci, une princesse de cette époque, était sans doute très puissante et riche. Nous n'avons pas retenu son nom, mais nous avons le souvenir de sa tombe et son tumulus est encore visible. Il est dit qu'elle s'est fait enterrer avec un énorme cratère de bronze pouvant contenir, tiens-toi bien, plus de 1000 litres ! Soit 40 amphores ! Énorme n'est-ce pas ?

En plus de ce cratère, il est dit qu'elle s'est faite enterrer avec son char. Tu n'as pas connu cette époque, mais moi je me souviens des derniers chars de guerre. Déjà à cette époque, les aristocrates aimaient combattre dans ceux-ci, en tout cas parader. Et à cette époque, cela fait quand même 800 ans, ils utilisaient des chars à 4 roues. En tout cas, la légende parle d'un char de ce genre dans la tombe de la princesse.

Et pour finir, il faut que je te parle de leurs armes, car j'ai été un guerrier, même si tu te moque de moi, garnement ! Le plus simple est que tu retiennes deux choses : leurs chars, comme je te l'ai dit avant, et leurs épées. Comme pour nous, enfin, nos pères, l'arme la plus prestigieuse était l'épée, en fer, bien évidement. Mais elle était différente : plus courte et plus pointue, avec des fourreaux très décorés. Ils aimaient aussi beaucoup, comme nos pères, les chevaux qui étaient très prestigieux.

Et pourquoi est-ce que je te raconte tout ceci ? Car c'est ce qu'on devrait appeler le Premier Age du Fer, la première époque celte. Oui, ces gens dont je te parle, qui ont vécus entre 900 et 400 ans avant nous, étaient des Celtes. Non, pas encore des Helvètes, mais il y en avait en Helvétie, ils vivaient ici et nous devons honorer leur mémoire.

-Mais quand est-ce que tu vas enfin me parler des Helvètes alors... C'est bien, tous ces ancêtres, mais bon, je veux pouvoir parler de nos pères, pas de gens oubliés...

-Patience. Pour ta peine, tu vas aller me chercher de quoi manger. Et pour toi aussi, c'est l'heure de ma collation de l'après-midi.

-Pfff.... »

Bibliographie :

KAENEL G., L'an -58, les Hélvètes, Archéologie d'un peuple celte., Grandes dates, Lausanne, 2012

MATHIEU F., Le guerrier gaulois : Du Hallstatt à la conquête romaine, Errance, 2007

RAMSEYER D., L'habitat protohistorique de Châtillon-sur-Glâne, in : Archéologie Suisse 5, Zurich, 1982

SAUTER M.-R, Suisse préhistorique des origines aux Helvètes, éd. fr., Neuchâtel, 1977

Images :

Carte de l'étendue de la répartition de la culture de Hallstatt

La Tombe de Vix

Guerrier de Hallstatt

Mine de sel de Hallstatt

La Saga des Helvètes, partie 2
La Saga des Helvètes, partie 2
La Saga des Helvètes, partie 2
La Saga des Helvètes, partie 2

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La Saga des Hélvètes, partie 1

Publié le par J. Demotz

La saga des Helvètes. Partie 1.

Aventicum, 43 apr. J.-C., seconde année de règne de l’empereur Claude.

"-Grand-père, grand père, Marcus il m'a encore dit que les Helvètes étaient des rustres des montagnes et que c'est seulement Rome qui nous a rendu civilisés!

-Mais non, mais non. Tu lui as pas raconté notre histoire? L'histoire helvète?

-Mais je sais pas bien la raconter comme toi grand-père. Je m'en souviens jamais!

-Bon, je vais te la raconter encore une fois... Mais tu me promets que cette fois que tu t'en souviendras! Alors assieds toi et écoute bien mes mots, jeune homme!

-Tout a commencé avec un très long hiver, un hiver qui dura des milliers d'année. Imagine-toi: il y eu jusqu'à mille mètres de glace au-dessus de nos têtes, rien ne pouvait vivre ici et rien ne laissait penser que nos cités prendraient vie sur ce plateau. Mais, comme à notre époque, l'hiver a fini par s'arrêter. Et quand les glaces se sont retirées, des hommes sont apparus! Non pas encore des Celtes, mais ils ont été les premiers à coloniser notre Helvétie. Des chasseurs, des cueilleurs, nomades et s'abritant dans des abris sous des falaises. Et tiens toi bien, il y a 10'000 ans, ils possédaient déjà l'arc et les flèches! Pas encore avec des pointes en bon fer comme les nôtres, mais en silex, une roche dure et tranchante. Et c'était très efficace! Ils vécurent comme ça longtemps, commençant déjà à faire de la poterie, comme notre voisin Publius, il y a 6000 ans! Bon, pas exactement la même, comme mon gobelet en sigillée, et ils n'avaient pas sa roue et devaient monter leurs formes à la main, mais ils savaient déjà la faire!

Et puis vint un âge de changement. Oui, celui de la pierre nouvelle (Néolithique). Du Sud-Est sont venues de nouvelles techniques, comment survivre sans avoir à se déplacer tout le temps. Les hommes ont appris à faire de nouvelles haches, toujours en pierre, mais plus résistantes. Car, comme tu le sais, le silex est très tranchant, mais fragile. Il fallait donc d'autres pierres, qu'ils ont polies pour faire de nouveaux outils. Et avec ceux-ci, ils ont coupés les arbres, et sur ces nouveaux espaces, ils ont commencé à faire pousser le blé, les premiers champs! Tout ceci date d'il y a longtemps... environ 5’000 ans.

Ces hommes vivaient dans des villages. Pas encore des villes comme notre Aventicum, ou comme Noviodunum (Nyon), mais c'était ce qui se faisait de mieux. Tu vois, ils construisaient leurs maisons en groupe. Chaque famille avait la sienne, toutes égales ou presque, dans des grands villages au bord des lacs. Ils avaient l'habitude de les construire sur des pilotis, pour éviter les crues. Nous avons longtemps cru que c'était des villages construits sur le lac, comme des ponts, mais nous nous trompions. Ils utilisaient même le dessous des cabanes comme espace de travail. Ils faisaient, comme nous, des greniers pour conserver le blé et passer les hivers sans souffrir de la faim. Et ils avaient de nombreux animaux domestiques: le porc, le bœuf, le chien. Tu vois, les choses ne changent pas si vite.

Mais avec ces réserves, viennent les jalousies! Pour se protéger des animaux, et pour éviter que les leurs ne s'échappent, ils construisaient des barrières autour de leurs villages. Et aussi pour se protéger des pillards. Car crois-moi, une hache ou une flèche en pierre fait tout aussi mal que le fer! Les rapines étaient déjà de mise, car c'est plus facile de voler son voisin que de faire son pain. Et j'en sais quelque chose!

Puis, il y a eu une découverte exceptionnelle, pas seulement ici, mais dans tout le monde! On a découvert le métal! Tu vois le bronze, comme celui de ma fibule? Hé bien, c'est avec un de ses composants, le cuivre, que tout a commencé (Chalcolithique). On en a fait d'abord des ustensiles de prestige, pour les nobles, avec des poignards et plus tard, des haches. Mais c'est il y a 2’000 ans que tout a vraiment commencé à changer (Age du Bronze). Car les outils en pierres fonctionnaient et il a fallu du temps pour changer les manières de penser. C'est comme si maintenant nous découvrions soudain des bouliers faisant les calculs tout seuls. Impossible non?

Et ça a changé le monde! Car pendant que certains hommes étaient occupés à extraire le métal et à en faire des outils, il fallait que d'autres produisent plus de nourriture. Et ils n'avaient pas le temps d'honorer les Dieux. Des prêtres ont donc été choisis pour le faire. Avec, évidement, des guerriers pour protéger les villages. Du coup, c'étaient eux qui avaient le pouvoir, car la guerre était déjà présente. Pas à notre échelle, mais les nobles se battaient souvent pour le butin. Durant cette époque, que j'ai entendu un Grec de passage appeler l'âge du bronze, "l'âge des héros", les armes ont commencé à apparaître, des haches de guerre, des lances et des épées, mais aussi des tumuli, que l'on peut encore parfois voir aujourd’hui.

Et il y a 1000 ans... nos ancêtres sont arrivés! Nous, les Celtes. Enfin, on pense que c'est eux... Mais pas seulement, une grande vague de peuples est arrivée, balayant toutes les terres, pas seulement ici, mais aussi en Italie et en Ibérie (Espagne et Portugal), ils se sont installés et ont imposé un nouvel ordre. (Peuples indo-européens) Les épées de bronze des habitants n'étaient pas à la hauteur de leurs armes...

"-Et les Helvètes dans tout ça grand-père?

-Je vais y arriver. Car pour comprendre l'histoire, il faut commencer par le début. Là, je t'ai mené au début de notre histoire, notre histoire celte. Évidement un peu raccourcie, car les traditions se perdent. Mais va me chercher un verre de vin et je te raconterai la suite!

-Oui grand-père!"

Bibliographie:

BRIARD J., L'Age du Bronze en Europe, Paris, 1985

KAENEL G., L'an -58, les Hélvètes, Archéologie d'un peuple celte., Grandes dates, Lausanne, 2012

SAUTER M.-R, Suisse préhistorique des origines aux Helvètes, éd. fr., Neuchâtel, 1977

http://latenium.ch/

Images:

-Gravure représentant des chasseurs mésolithique, Levant espagnol

-Céramique rubanée du Néolithique

-Hache en diorite polie, France

-Restitution de village lacustre, Laténium

-Dessin d'un guerrier du bronze ancien (Avec hache et poignard)

-Dessin d'un guerrier du bronze final (Avec lance, cuirasse, casque et épée)

La Saga des Hélvètes, partie 1
La Saga des Hélvètes, partie 1
La Saga des Hélvètes, partie 1
La Saga des Hélvètes, partie 1
La Saga des Hélvètes, partie 1
La Saga des Hélvètes, partie 1

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Des nouvelles de la capitale des Eduens

Publié le par J. Demotz

Des nouvelles de la capitale des Eduens

Dans le monde de la reconstitution, qu'elle soit médiévale, celte ou encore des guerres napoléoniennes, il est une expression qui revient à de très nombreuses reprises, souvent assortie d'un regard méprisant, et suivit d'une réprimande plus ou moins appuyée: "C'est pas histo!"

Mais sur quoi se basent les reconstituteurs pour pouvoir valider ou critiquer un élément de costume, d’arme ou encore d’armure? L’immense majorité de nos sources provient du travail de professionnels passant de nombreuses heures dans la boue des fouilles archéologiques et des analyses et publications qu’ils en tirent. Plongez dans leur travail le temps de cet article en suivant une équipe de l’université de Lausanne sur les fouilles de l’oppidum de Bibracte, en Bourgogne.

Le site de Bibracte est fouillé depuis 1988 par les équipes des sciences de l'Antiquité de l'université de Lausanne, qui se concentrent depuis quatorze ans sur une domus, sobrement nommée PC 1, qui compte parmi les plus riches du site. Cette domus, une maison de type méditerranéen adoptée par les Eduens, proches alliés de Rome, fait partie du secteur du Parc aux Chevaux, un quartier d'habitations luxueuses hébergeant l'aristocratie locale. Ce secteur est encore fouillé à l'heure actuelle par l'école de fouilles, ce qui permet à des jeunes désirant s'initier à l'archéologie de faire leurs premières armes.

Puis, de 2002 à 2008, le chantier école de l'IASA (Institut d’Archéologie et des Sciences de l’Antiquité) a déménagé sur le Theurot de la Wivre, un affleurement rocheux du site. Les trouvailles ont été bien différentes des riches découvertes trouvées au Parc aux chevaux: seul une petite maison en matériaux légers, terre et bois, a été retrouvée. Pourtant c'est sur cette roche que l'on situe la fameuse harangue de Vercingétorix à ses troupe avant de partir en guerre contre Rome.

Depuis 2008, l'université a encore changé de site et s'est attaquée au Theurot de la Roche et celui-ci a servi de chantier-école aux étudiants débutants. Mais depuis 2012 il sert de chantier de perfectionnement uniquement, les débutants allant sur le site de Vidy, à Lausanne.

Cette part de l'oppidum devait probablement servir de secteur cultuel, de nombreux bâtiment semi-excavés ont en effet été mis à jour au sommet de l'élévation. Les travaux ont pu confirmer la présence de bâtiments repérés par Jacques Bulliot, le passionné qui a réussi à confirmer la place de l'oppidum sur le site dans les années 1870. Depuis 2008, les fouilles ont permis de documenter le bâtiment nommé PS 0, dont une élévation de mur a été restituée afin que les visiteurs puissent mieux comprendre son importance.

En plus de ce qui est interprété comme un fanum, un temple gallo-romain, plusieurs fosses ont été retrouvées, creusées directement à travers la roche mère, preuve d'une grande motivation pour installer des bâtiments sur le site. Une de ces fosses a même révélé un umbo, renforcement métallique de bouclier.

La découverte récente la plus marquante a été un puits de 17 mètres de profondeur, dont la fouille a été réalisée à l'aide d’archéologues professionnels car ce type de travail est particulièrement difficile et nécessite un haut degré de spécialisation. Cette fouille a permis de révéler un matériau très rare sur les fouilles: du bois. Celui-ci possède un taux de conservation proche de zéro sur ce site à cause de l'acidité de la terre. Cette découverte permettra de comprendre de nombreuses choses sur l’utilisation du bois sur ce site, lorsque les recherches qui ont été consacrées à ces objets seront achevées et publiées.

L'université continue encore en ce moment l'étude du site, particulièrement pour comprendre la relation entre les bâtiments du haut du site et le reste de l'oppidum. C'est pourquoi plusieurs sondages ont été ouverts et les archéologues espèrent que cette campagne 2014 permettra d'apporter de nouvelles réponses aux énigmes posées par ce site.

Pour de plus amples informations:

Le site internet des sciences de l'Antiquité de l'université de Lausanne:

http://www.unil.ch/iasa/home.html

Le site internet du site archéologique:

http://www.bibracte.fr/

Des nouvelles de la capitale des Eduens
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Les Oppida de Romandie

Publié le par Joël Demotz

Les Oppida de Romandie

Quand nous pensons aux Celtes, certaines images viennent tout de suite à l'esprit: les druides cueillant le gui, Vercingétorix sur son cheval et, lié à cette image, le siège de l'oppidum d'Alésia. César, dans son commentaire de la Guerre des Gaules, parle de ces cités abritant les peuples de la Gaule et qui furent à de nombreuses reprises le théâtre d'affrontements acharnés entre légions romaines et guerriers gaulois. Cette facette importante de l'anthropologie guerrière celte, liée chronologiquement à la période que nous représentons, méritait bien un article !

Donc, tout d'abord, qu'est-ce qu'un oppidum, oppida au pluriel?

César décrit le mur gaulois dans sa Guerre des Gaules (livre 7.23) qu'il rencontre durant le siège d'Avaricum (Bourges actuelle). Il relate un vaste rempart de terre, de bois et de pierre entourant une ville. Les savants, notamment Napoléon III, passionné par César, ont tenté à de nombreuses reprises de retrouver ces oppida cités par César. Malgré des débuts parfois laborieux, un grand nombre d'entre eux a pu être identifié et une définition les concernant a été mise au point. Cette définition consiste en trois points. Le premier concerne le rempart, celui-ci doit être présent et protéger la cité. En outre, il doit comporter des portes monumentales, ce qui constitue de deuxième point. L'archéologie ne permettant pas toujours de retrouver celles-ci, ce sont parfois seulement des hypothèses qui sont retenues. En troisième lieu, la ville doit comporter un plan directeur. On ne parle pas d'une ville à la grecque ou à la romaine, comme dans le monde méditerranéen, mais néanmoins de quartiers définis, avec des artisans et, dans de nombreux cas, des lieux de culte.

Le mur est capital dans la définition de l’oppidum et mérite donc qu’on s’attarde sur sa composition. Dans le monde celtique, on trouve deux types de fortifications. La première est décrite par César, le murus gallicus, et se retrouve dans la partie Ouest de l'Europe et plus particulièrement dans la France actuelle. On en trouve un exemple en Suisse, à Sermuz, qui sera traité plus bas. La seconde doit son nom à des savants allemands, le Pfostenschlitzmauer, ou « muraille à poteaux frontaux ». Cette mode se trouve dans la partie orientale du monde celtique, en Allemagne actuelle notamment. En Suisse, c'est cette dernière qui est utilisée dans tous les cas connus à l’exception de Sermuz.

Notre association reconstituant le mode de vie d'Helvètes situé en Romandie, nous développerons surtout les oppidas présents sur ce territoire. Mais avant de parler de ceux-ci, quelques explications concernant le contexte sont nécessaires.

Les Helvètes entrent dans l'Histoire avec un grand H via l'un de leurs peuples, celui des Tigurins. Ceux-ci se joignent aux migrations des Cimbres et des Teutons en direction du Sud de la France. Après avoir aidé les Volques Tectosages de la région de Toulouse dans une rébellion contre Rome, ils écraseront, sous l'impulsion du jeune chef Divico, deux légions romaines, celles du consul Cassius, qui sera tué au combat. Après cette victoire, puis celle d'Orange durant laquelle ils anéantiront à nouveau les légions romaines, ils rentreront sur le plateau suisse après que Marius, un général romain prometteur, ait vaincu les Teutons, puis les Cimbres. Ceci se passait dans les années 105 av. J.-C., et une cinquantaine d'année après, César nous informe que les Helvètes veulent de nouveau partir au Sud, mené à nouveau par le vieillissant chef Divico, celui-là même qui avait fait passer sous le joug les armées romaines. En 58 av. J.-C., les Helvètes partent après avoir, comme le dit César, mis le feu à leurs oppida, au nombre de 12, ainsi qu'à leurs villages, au nombre de 400. (Guerre des Gaules 1.5) Malheureusement, César vaincra les Helvètes à Bibracte et ceux-ci rentreront au pays et réoccuperont le plateau suisse. Cette date de -58 a passionné les antiquaires puis les archéologues qui tentèrent de retrouver ces fameux 12 oppida du plateau suisse ainsi que de relier leur abandon à cette date, avec un succès passablement mitigé,

Voici donc une brève présentation concernant les oppida retrouvés en Romandie. Une petite précision concernant celui de Genève : celui-ci ne sera pas traité, car il est sur le territoire du peuple allobroge, déjà sous influence romaine lors de la Guerre des Gaules alors que notre association s’occupe plutôt du peuple Helvète. Les oppida traités seront au nombre de trois: Yverdon, Sermuz et le Mont-Vully.

En premier, l’oppidum d’Yverdon. Cet oppidum n’a été découvert que récemment via des fouilles au début des années 90. L’excellente qualité des vestiges a permis la restitution du rempart avec une grande précision. Ce rempart couvre une surface de 4 à 8 hectares, ce qui en fait un oppidum de taille modeste, mais il possède une structure impressionnante : deux rangées de poteaux frontaux inclinés légèrement vers l'intérieur pour une meilleure stabilité, un modèle absolument unique. (voir dessin en bas). La dendrochronologie a même permis de le dater avec une grande précision : il date des années 91/90 av. J.-C. Néanmoins, il a été volontairement détruit une cinquantaine d'année plus tard, et nous en ignorons la raison. Une crue du lac ? Un mouvement de population ? La question est encore ouverte.

A deux kilomètres à peine plus au Sud se dresse la colline de Sermuz, avec à son extrémité l’éperon que barre le murus gallicus de l'oppidum. Celui-ci a également été découvert tardivement, entre 1983 et 1984, et lui aussi est très bien conservé. Les archéologues l'ont restauré sur une portion de terrain afin de donner un résultat visuel à la recherche (voir photo). Cet oppidum a été daté comme ayant fonctionné après la guerre des Gaules et la défaite de Vercingétorix, ce qui pourrait signigier que cet oppidum ait été élevé dans un mode constructif non utilisé en Suisse.

Le troisième oppidum est une fierté du canton de Fribourg : l'oppidum du Mont Vully (voir photo). Celui-ci a été fouillé à de nombreuses reprises et son rempart est bien connu : un mur à deux rangées de poteaux frontaux. Le mur a même donné son nom à l'un des sous-types concernant les Pfostenschlitzmauer : le type Vully. En plus de ces deux rangées de poteaux, il a été réparé et une troisième rangée a été ajoutée, en quinconce de la première. En plus de son impressionnant rempart, le Mont-Vully a livré plusieurs portes et surtout les tours les protégeant, ajoutant encore à la structure un côté ostentatoire. La construction du mur a été datée de 120 av. J.-C., ce qui en fait le plus ancien des oppida de Romandie, parmi ceux qui sont connus à ce jour. La date de la réparation n'est pas connue, mais on suppose qu’elle se situe autour du premier siècle avant notre ère. Il est certain que c'est un incendie qui a détruit le rempart, et les savants se sont empressés d'avancer que celui-ci était lié à la migration Helvète. Cependant, les recherches récentes et le matériel découvert contredisent cette option: l'hypothèse la plus retenue fait état d’un abandon dans les années 80 av. J.-C.

Cette brève présentation de trois oppida de la Romandie permet donc de se faire une idée de ce que pouvait être l'urbanisation au cours de La Tène finale dans nos régions et quel était le contexte dans lequel les guerriers de Viviskes pouvaient vivre. Nous sommes loin de l'image du barbare vivant dans les bois : ce sont de puissantes cités rivalisant d'ostentation avec le monde méditerranéen et nous comprenons fort bien, via les restitutions proposées, l'impression que ces fortifications eurent sur César lors de sa conquête.

Bibliographie :

FICHTL, S., Les premières villes de Gaule : Le temps des oppida, Lacapelle-Marival, 2012.

KAENEL G., L'an -58, les Hélvètes, Archéologie d'un peuple celte., Grandes dates, Lausanne, 2012

BRUNETTI C., et al., Yverdon et Sermuz à la fin de l’âge du Fer, CAR 107, Lausanne, 2007

KAENNEL G., CURDY F., CARRARD F., L’oppidum du Mont-Vully. Un bilan des recherches 1978-2003, AF 20, Fribourg, 2004

Les Oppida de Romandie
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